Les TCA se caractérisent par un déficit dans la régulation des émotions et une souffrance psychique marquée. Il ne s’agit pas seulement d’un contrôle du poids et de son corps mais aussi d'une tentative de contrôle d’un affect négatif par la surrégulation ou la sous-régulation de ce dernier.

Les émotions primaires désagréables (peur, colère, tristesse) sont généralement perçues comme néfastes et insupportables par les personnes souffrant de TCA. Ces personnes tentent donc de mettre en place des stratégies d’évitement de ces émotions soit par la maîtrise de son alimentation, soit par les compulsions par exemple. Les symptômes du TCA permet cet évitement. Par exemple, si je suis particulièrement préoccupée par la nourriture, je ne me préoccupe plus de ce qui me fait réellement souffrir, ou quand je mange de manière disproportionnée, je me sens soulagé ou récompensé et ne ressent donc pas d’émotions désagréables, du moins à très court terme.

Ces stratégies donnent lieu à des émotions secondaires douloureuses comme la culpabilité ou la honte après une crise de boulimie ou d'hyperphagie par exemple, le soulagement ne dure alors pas très longtemps. Face à ces émotions secondaires de nouvelles tentatives d’évitement vont être mises en place via le TCA, d’où le cercle vicieux et le maintien du TCA.

=> Plus j'évite, plus je crée des émotions secondaires, plus les crises augmentent.

De plus, même si le soulagement lié à une crise ne dure pas longtemps, ce "bénéfice" suffit à vouloir recommencer dès qu'une émotion surgit. Le problème de l'évitement est qu'il est un renforcement négatif. Il est renforcé par le bénéfice du comportement (par exemple le soulagement) mais l'émotion que je voulais éviter va alors non seulement revenir mais aussi s'amplifier. C'est ce qu'on peut voir dans les phobies par exemple. Moins je me confronte à ce qui me fait peur, plus j'en ai peur et donc moins j'ai envie de m'y confronter. A l'inverse, plus je m'y confronte, plus je m'y habitue et mois j'ai peur. Dans les TCA, à chaque tentative d'évitement de mes émotions, non seulement l'évitement s'installe et se renforce mais en plus mes émotions s'amplifient. J’ai l’impression alors d’être hypersensible à tout et je cherche d’autant plus à éviter de ressentir mes émotions à tout prix.

=> Plus j’évite, plus mes émotions s'amplifient, plus j'ai envie d'éviter mes émotion, plus les crises augmentent.

Quand j’évite mes émotions, je me déconnecte également de ces dernières et de mon corps. Le processus émotionnel se dérègle, je perds mes compétences émotionnelles d’identification et d’expression de mes émotions. Je ne sais plus ce que je ressens, je n’arrive plus à nommer l’émotion. C’est ce qu’on appelle l’alexithymie. Cette perte de repère est très insécurisante car je ne sais plus ce qu’il m’arrive et je ne sais pas pourquoi non plus. Les émotions deviennent alors de plus en plus inconfortables d'autant que je ne sais plus quoi en faire, je ne sais plus être en relation avec elle.

=> Plus j’évite, moins je sais reconnaitre mes émotions, plus je souhaite les éviter et donc les crises augmentent.

 

En résumé :

Alexithymie = Difficulté à identifier et nommer mon émotion (très courant des les TCA). Si je ne sait pas reconnaître mon émotion, le reste du processus émotionnel ne peut se faire. Je ne peux, en effet, pas la comprendre, la relier à une situation, l’exprimer ou encore bien la gérer.

=> Je crée de l’évitement, je me déshabitue de ressentir mon émotion, ce qui amplifie l'émotion et la peur de la ressentir. Je n’apprends pas à identifier puis à gérer mon émotion. On peut prendre l’habitude d’éviter ses émotions de part certains comportements comme manger, se distraire avec une obsession alimentaire, ou exercer du contrôle alimentaire ou autre élément de sa vie, etc…

=> Amplification de l’émotion : quand j’évite, je ne fais rien de mon émotion. Même si à court terme je me sens soulagé(e), mon émotion est quand même toujours présente et à même tendance à s’amplifier à travers le temps (peut causer des débordements émotionnels, de la même manière que, dans certains cas, la restriction alimentaire mène à des crises de boulimie ou d’hyperphagie).

 

Même si nos émotions sont désagréables à un instant t, j’ai tout intérêt à les reconnaître, les ressentir et les accepter !

Ne vous inquiétez pas, ces compétences peuvent s’apprendre et se réapprendre à travers le temps, c’est tout l’objet de la thérapie sur les TCA.

 

Le cercle vicieux émotionnel :

 

 

A l'inverse :